Cicatrices

Artiste : Florence Capron

Pratique artistique : Conte (écriture et mise en scène)

vigilance

Ce projet est en genèse depuis plusieurs mois. Intitulé d’abord « Hors-je », il prend ses sources dans d’innombrables discussions avec des femmes de tout âge, et en particulier ma fille de vingt ans, comédienne.

 

 

Chaque femme a l’âge de ses propres cicatrices, de ses propres plaies. J’ai les miennes comme tout une chacune. Certaines sont restées longtemps plaies ouvertes. Des secrets de femmes, de famille, un viol, la maternité, une jeune femme en construction avec ce passé, la reconstruction de la plus âgée…

Dans ce spectacle, il y a trois voix : celle d’une femme de plus de cinquante ans, celle qu’elle était à quinze ans et celle de sa fille de vingt ans. Des récits se mêlent et s’entremêlent entre théâtre et performance pour faire entendre des voix de femmes à la fois une et toutes.

 

Extraits de Cicatrices

(…) Scène 5 La fille de 15 ans et la femme de 55 ans

 

  • J’étais fâchée avec toi pendant 40 ans. Fâchée, en colère, rancoeur, furieuse. Tu avais 15 ans. Tu étais intelligente et pourtant tu t’es mise dans une situation où moi, après, j’ai continué à ramer sans pouvoir avoir de relations profondes et sincères avec qui que ce soit.
  • T’abuses !?
  • Oui. Maintenant je comprends que le silence est une plaie que nous ont transmise nos parents, nos grands-parents, nos arrière-grands-parents. Je ne suis plus fâchée. Je veux que nous ne refassions qu’une : celle d’avant et celle d’après et même celle de pendant. Me réconcilier avec toi.
  • Oh oui, j’ai été si seule pendant toutes ces années. Bloquée dans cette enfance et cette mort à 15 ans. Tu m’as abandonnée et moi j’avais besoin de grandir et de vieillir avec toi. De faire partie de ta vie.
  • Tu en faisais partie mais comme un petit caillou sous la peau. La peau se referme, ça fait un kyste. C’est ça un kyste.
  • Et maintenant ?
  • Maintenant le petit caillou est parti, il n’y a plus de kyste juste une petite cicatrice. Et nous sommes entière.
  • Tu t’en souviens ?
  • Oui comme d’un film dont je serais à la fois la spectatrice et la projectionniste. La spectatrice est contrainte de regarder, mais la projectionniste peut arrêter le film, accélérer, remonter en arrière.

Mon corps est dans ce camion, sur cette couchette, mais mon esprit est parti loin d’ici.

Je suis au bord d’une rivière, sous un saule pleureur.

Mon corps sent l’odeur de l’homme et du gasoil.

Mon esprit sent l’odeur des fleurs qui m’entourent, de l’humus, de l’eau de la rivière (…)